Enseigner à l'université pendant le doctorat

Publié le par Ophélie

Bonjour à tous, me revoilà après des mois sans poster, mais la raison pour laquelle j’ai été absente est le sujet d’aujourd’hui : mon job !

Au programme aujourd’hui je vais vous parler du travail que j’ai obtenu cette année, vous expliquer ce que je fais, comment ça se passe, ce que j’en pense, et j’espère que ça pourra aider certains doctorants qui comme moi se disent « mais comment on fait pour enseigner à l’université en fait ? », parce que pour moi l’an dernier c’était un vrai mystère.

Tout d’abord pour rappel, je suis self funded, ce qui veut dire que je n’ai pas de contrat doctoral ou autre source de financement, je me débrouille toute seule. C’est important parce que d’après ce que j’ai compris pour les contrats doctoraux des heures d’enseignements sont apparemment incluses donc ça doit être un peu plus facile. C’est aussi important parce que certains financements mettent une limite au nombre d’heures que le doctorant peut travailler (dans le but qu’il finisse sa thèse dans les temps principalement). Dans mon cas encore une fois, c’est mon problème vu que je finance ma thèse, donc personne ne vient m’embêter au moins.

Allez, trêve de bavardages, parlons sérieusement.

Mes étudiants ignorent que j'écoute du rap chinois juste avant de commencer chaque cours, c'est un rituel.

Mes étudiants ignorent que j'écoute du rap chinois juste avant de commencer chaque cours, c'est un rituel.

Qu’est-ce que je fais ?

Je suis Hourly Paid Lecturer ce qui est l’équivalent de chargé de TD. C’est assez courant que des doctorants occupent ces postes à l’université. En gros, je m’occupe de relativement petits groupes (généralement 6 à 20 étudiants par classe selon les matières), dans lesquels nous mettons en pratique ce qui a été vu pendant le cours magistral, donc soit sous forme d’exercices ou de discussion en général. La plupart des cours sont déjà préparés par le prof qui fait les cours magistraux et je n’ai « plus qu’à » me l’approprier disons. En revanche selon le cas ça peut me prendre pas mal de temps, et pour certains cours je devais les préparer moi-même, mais je reviendrai sur cela plus tard.

Qu’est-ce que j’enseigne ?

Ce semestre je me suis retrouvée à enseigner toutes sortes de cours, j’ai fait un cours d’introduction à la linguistique (1ere année), un cours de conversation en français et un de politique française avec des élèves de 2ème année, et enfin un cours d’Histoire britannique de 3ème année. Je faisais aussi des cours du soir de français pour le centre de langues de mon université. Pour la plupart de ces cours je m’occupais aussi d’une partie de la correction des examens.

Comment devient-on HPL ?

Pour ma part je cherchais désespérément ce genre de poste, donc depuis le début de ma thèse dès que je voyais quelqu’un je lui en parlais « eh si t’entends parler d’un poste de prof de français qui se libère je suis intéressée ! ». J’étais un peu lourde avec ça, mais eh, ça a marché !

J’ai d’abord eu le poste de prof de linguistique, et c’est d’ailleurs quasiment le seul pour lequel j’aie passé un entretien d’embauche (sur Teams, vu que c’était pendant le confinement). Pour celui-là j’avais reçu un mail disant qu’ils cherchaient des chargés de TD pour plusieurs modules de linguistique, donc j’ai postulé lettre de motivation CV comme un job normal quoi, et on m’a attribué le cours de première année (que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs !).

J’ai ensuite vu une annonce sur le site de ma fac que je vérifiais régulièrement pour les cours de conversation française. Ils cherchaient un Français pour faire parler les élèves de 2ème année en français une fois par semaine. Même si vous n’êtes pas en linguistique mais que vous êtes doctorant à l’étranger c’est le genre de choses que vous pourriez faire, pas mal d’universités cherchent des lecteurs en langues (même pas forcément en doctorat d’ailleurs, j’avais brièvement fait ça pendant mon année Erasmus alors que j’étais encore en licence !). Pour ce poste pareil, classique CV, entretien d’embauche etc.

Le reste, ça a surtout été du bouche à oreille je pense. Mon directeur de thèse fait le cours sur mai 68 et m’a donc proposé de faire les TD, j’avais aussi accepté de corriger des copies pour un cours d’Histoire et apparemment j’avais fait du bon boulot car la même personne m’a recontactée pour d’autres corrections par la suite. Elle m’a aussi proposé le fameux cours d’Histoire britannique, alors ça c’est toute une histoire justement. Ce cours a été une super opportunité mais il m’a demandé beaucoup de travail car j’avais un peu un syndrome de l’imposteur pour le coup vu que je me considère linguiste et non historienne (ce que je n’ai jamais caché, ils le savaient très bien quand ils me l’ont proposé). C’est un peu débile en soi, parce que j’ai une licence et même un master en études anglophones, j’ai étudié l’Histoire britannique alors que je n’ai même pas étudié mai 68 par exemple, mais je ne sais pas, j’avais la pression pour celui-là. Heureusement le prof avec qui je travaillais sur ce module est une super personne il m’a vraiment bien aidée et tout s’est bien passé.

Le dernier poste que j’ai obtenu c’est celui des cours du soir de français du centre de langues de la fac. Je dois dire que c’est celui pour lequel je me suis battue, je le voulais vraiment (c’est de celui là dont je parlais à tout le monde « eh tu me dis hein si y a un poste qui se libère hein ?? »). Il se trouve que je l’ai eu via l’une de mes tutrices. Ils cherchaient à la base quelqu’un pour des cours de 30min de conversation le soir en petits groupes. Au départ je n’étais même pas sûre que ce serait payé pour être honnête (bon heureusement ça l’était !) mais j’ai tout de suite dit « moi ! moi ! » parce que je voulais absolument avoir un pied là-dedans. Je pense avoir fait du bon travail et avoir rendu service du mieux que je le pouvais (je fais toujours mon boulot à 200% de toute façon, ce n’est pas un truc que je dis pendant les entretiens, c’est vrai, surtout dans l’enseignement j’aime faire mon travail du mieux que je le peux, parce que j’aime ce que je fais) bref naturellement quand ils ont eu besoin de qqun à la dernière minute pour faire les « vrais » cours de français, ils se sont tournés vers moi et tout le monde était content (enfin j’espère !).

En résumé, vérifiez régulièrement les offres d’emploi de votre université (ou autres universités !) ainsi que vos mails et faites-vous connaître !

Combien d’heures je devrais travailler ?

Je me suis retrouvée à travailler beaucoup plus d’heures que ce qui aurait été raisonnable, tout le monde me le disait. Je faisais environ 15h/semaine au total avec mes cours particuliers, et ça sans compter du coup le temps de préparation pour chaque cours, correction, répondre aux mails des collègues et étudiants et compagnie donc je devais bien atteindre les 30h, ce qui ne me laissait pas beaucoup de temps pour la thèse pendant cette période, c’était presque un temps plein au final.

Je ne recommande donc pas d’en faire autant, il y avait des circonstances particulières qui ont fait que je me suis retrouvée à travailler autant. Tout d’abord, je ne comptais pas accepter plus de 12h, mais on m’a donc proposé le job dont je rêvais en dernier, je ne pouvais pas refuser. J’ai dû refuser d’autres opportunités par la suite (on m’a proposé de corriger les final year dissertations par exemple, mais là je n’avais vraiment plus le temps par contre). Ensuite, il faut prendre en compte l’année particulière qu’a été 2020/2021. La plupart de mes cours étaient en ligne (tous à partir de janvier, j’ai juste fait qq cours en novembre en face à face). C’est un gros avantage parce que je ne perdais pas de temps dans les transports. D’ailleurs je n’aurais pas pu faire certains cours en physique puisque parfois j’en avais deux à la suite qui n’étaient pas sur le même campus. Mon raisonnement a donc été le suivant : Je suis pour l’instant en avance sur ma thèse, l’année prochaine en revanche je n’aurais pas autant de temps pour travailler comme je serai en 3ème (et inshallah dernière) année. Ça va être une période intense qui me permettra de mettre un peu d’argent de côté pour ma 3ème année, ça me permet de me faire connaître au sein de la fac et de pouvoir choisir uniquement ce qui m’intéresse l’an prochain. Ce n’est que pour qq mois et cet été je pourrai rattraper l’éventuel retard pris sur la thèse en bossant cet été.

Je pense que jusqu’à 10 à 12h/semaine ça passe, mais au-delà j’étais épuisée je l’avoue, je ne recommande pas. Après quand on n’est pas financé il faut bien payer le loyer, mais sur les 3 ans de thèse je dirais oubliez, vous ne tiendrez pas, vous allez vous détruire honnêtement.

C’est une bonne situation ça HLP ?

Oui et non, mais plutôt oui quand même faut pas déconner surtout après avoir fait supply teacher. Disons que je viens de lire un article qui dit que nous sommes en bas de la hiérarchie académique, ce qui est vrai, et ça implique parfois que l’on n’est pas forcément toujours aussi bien traités que les autres professeurs. Le seul vrai reproche que j’ai à faire sur mon expérience cette année, ce sont les contrats, j’ai passé la moitié de mon temps à courir après l’administration pour pouvoir me faire payer c’est assez pénible. Comme son nom l’indique l’Hourly Paid Lecturer est payé à l’heure (thanks Captain Obvious). J’ai donc un contrat avec l’université qui dit qu’ils peuvent me demander de faire des heures pour eux, n’importe combien, n’importe quand en gros. Pour pouvoir être payée en revanche je dois rentrer les heures que j’ai faites chaque semaine sur un site, seulement pour pouvoir faire ça les RH doivent m’envoyer une fiche avec des codes dessus qui disent en gros le nombre d’heures que je suis censée faire au total sur le semestre, bref on s’en fout c’est sûrement un peu différent dans chaque fac en plus je ne vais pas passer 15 ans à vous saouler avec ça. Le truc c’est qu’à chaque fois soit on ne me l’envoyait pas et je devais la demander plusieurs fois, soit il n’y avait pas le bon nombre d’heures, pas le bon tarif… Donc mon conseil, mais comme pour tout job en soi, surveillez bien que vous ne vous faites pas avoir.

J’étais payée entre environ £15 et £40/h selon si la correction de copies et autres trucs du genre étaient inclus, donc perso je trouve que c’est bien. Supply par exemple c’était £10/h pour un travail bien plus pénible et moins intéressant.

Un cours en 2020 vs un cours en 2021.Un cours en 2020 vs un cours en 2021.

Un cours en 2020 vs un cours en 2021.

Bilan de l’année

J’ai adoré enseigner à l’université et j’espère avoir d’autres opportunités l’année prochaine (normalement je devrais être reprise sur certains modules). J’ai trouvé ça un peu bizarre parce que je suis à peine plus âgée que mes étudiants et je trouvais que parfois ils me montraient beaucoup trop de respect (oui je ne suis plus habituée à être respectée après les remplacements au collège !). Tous les cours étaient très intéressants et j’ai beaucoup appris moi-même chaque semaine sur les différentes matières que j’enseignais.

Le fait que cette année se soit majoritairement faite en ligne avait ses avantages, le fait de ne pas perdre de temps dans les transports par exemple comme mentionné plus haut, mais ce n’était pas toujours facile. J’ai l’impression de ne pas avoir pu créer de vraie relation avec mes étudiants car la plupart gardaient leur caméra et micro éteints en permanence, ils n’étaient donc malheureusement que des noms pour moi sur lesquels je ne pouvais mettre ni un visage, ni même une voix parfois, et ça c’est un peu triste parce que c’est ce que j’aime le plus dans ce job. On se sent aussi souvent très seul, déjà pendant le cours, parce que parfois je posais une question qui n’était suivie que par un long silence bien gênant. Sans voir les élèves il est difficile de savoir si c’est qu’ils n’ont pas compris la question, qu’ils ne savent pas y répondre, voire même s’ils m’écoutent et s’ils sont vraiment derrière leur ordinateur. On se sent aussi assez seul de manière générale parce qu’il n’y a pas de collègues avec qui parler pendant la pause-café. J’ai eu des tuteurs absolument fantastiques dans tous les cours que j’ai enseignés, ils ont vraiment tous été là quand j’avais la moindre question, ils m’ont toujours envoyé leur cours à temps etc donc je n’ai vraiment pas à me plaindre, mais parfois il y a des petites choses au boulot donc vous savez vous avez juste envie de discuter avec vos collègues, juste vous plaindre ou quoi c’est tout, et ça ça manquait. Il y a aussi des gens avec qui j’ai parlé plusieurs fois par email mais pareil, je ne sais pas du tout à quoi ils ressemblent, c’est un peu bizarre. Donc quelque part même si c’était pratique, ce n’est pas la même expérience que le face à face.

Voilà j'espère que cet article interminable (comme toujours!) sera utile à certains d'entre vous, et comme d'habitude, n'hésitez pas si vous avez des questions ! 

A la prochaine! (dans 1 an probablement mdr)

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